15/06/2010

Le web 2.0 au service de la solidarité : au-delà du simple service...

Dans le cadre de la 1ère édition de Web Diversity, la conférence sur la liberté d'expression et les nouvelles formes de journalisme, s’est tenu dans l’après-midi un atelier consacré au lien qui unit le web 2.0 au monde de la solidarité.

Animé par Thomas Hémery de l’équipe Solidaires du monde cet atelier a réuni :

  • Elsa Caternet, chargée de programme chez Internews Europe, ONG de soutien aux médias, travaillant sur l'accès à l'information pour tous
  • Claire Ulrich, journaliste, responsable de Global Voices en français, réseau mondial de blogueurs qui sélectionnent, traduisent et publient des revues de blogs du monde entier, et traductrice de certaines versions des plateformes Ushahidi de cartographie d'informations en situation de crise
  • Laure Drévillon, fondatrice et présidente de One Heart Channel, portail multimédia international consacré à la solidarité
  • Guillaume Desnoes, co-fondateur d' AiderDonner, entreprise de collecte de fonds en ligne pour les associations
  • Nathan Stern, sociologue et co-Fondateur de Peuplade, site de mise en relation, d'échanges de services et d'informations de proximité

Informer autrement

Après une rapide évocation de Thomas de la plateforme Solidaires du monde et des intervenants, chacun d’eux a rapidement pris la parole afin de présenter leur activité.

Claire Ulrich à présenté Global Voices, organisation à but non lucratif qui compte plus de 200 blogueurs dans le monde, fondée au Berkman Center for Internet and Society de la faculté de droit de Harvard. Ils proposent des revues de blogs du monde entier traduites en 18 langues, en accordant une attention toute particulière aux voix absentes des médias traditionnels. Global Voices est traduit de l'anglais par des traducteurs bénévoles, qui forment la plateforme de traductions Lingua. Chaque blogueur est choisi par un correspondant local de Global Voices appelé l’éditeur. Pour Claire Ulrich la langue constitue également une fracture numérique. Elle nous a ensuite présenté le potentiel d’Ushahidi sur lequel elle intervient comme traductrice. Ce système d'informations basé sur des communications par SMS, génére des cartes interactives dans les situations de crise. Ushahidi a été utilisé pour contrôler les élections au Ghana, pour désamorcer les rumeurs dans l'Est du Congo, et même au-delà de l'Afrique lors du séisme en Haïti.


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L’action d’Internews Europe, quand à elle, repose sur « la conviction qu’un large accès à de l’information riche et fiable est l’un des fondements d’une société ouverte et libre ». Pour eux, les médias audiovisuels et numériques ont un rôle essentiel à jouer dans l’évolution de notre société moderne. Il s’agit d’une ONG dont la vocation est de « favoriser l'indépendance des médias audiovisuels vis-à-vis des pouvoirs politiques et financiers à travers le monde ». Dans le cadre des pays les plus répressifs l’intégration d’une composante nouveaux medias permet de publier des informations. C’est pour la même raison qu’Internews Europe a distribué Wikipedia sur CD Rom en Iran.

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Ce soutien implique toute une série d’actions comme la formation de professionnels des medias, des dons d’équipements, des échanges de programmes, la création de formats de production innovants, l’usage intensif des nouvelles technologies, une assistance juridique, une aide à la régulation de l’Internet...

Le projet Freedom Fone de Kubatana cherche à mettre l'information dans les mains des Zimbabwéens. Freedom Fone souhaite aider les ONG locales à diffuser leurs informations dans un format audio pour les utilisateurs de téléphones portables. Une façon de contourner le problème de la fracture numérique et les difficultés d’accès à l’information et de censure dans certains pays.

De son côté, One Heart Channel (la Chaine du cœur) est un portail multimédia international totalement consacré à l'aide solidaire, pour tout acteur humanitaire : institutionnel, associatif et individuel. Elle part du postulat que si seulement 1 % du milliard de vidéos consultées chaque jour sur Youtube traite de la solidarité, la partie est gagnée. Laure Drévillon espère pouvoir bientôt se lancer dans une diffusion par câble et satellites et l'association dispose déjà d’un blog sur Au féminin.

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Des Réseaux sociaux pour (re)créer du lien

Le site communautaire créé par Nathan Stern en 2003, permettant d’avoir une première approche virtuelle de ses voisins, Peuplade veut être le catalyseur de toute une vie sociale pour redécouvrir son quartier, échanger des biens et des coups de main ou encore prendre part à des projets. On peut parler de véritable succès puisqu’il compte aujourd’hui pas moins de 225 000 membres sur 3 villes françaises : Paris, Marseille et Grenoble. On estime d’ailleurs que 10 % des foyers grenoblois sont présents sur Peuplade. Signe d’ailleurs de ce succès, des « concurrents » sont apparus sur le marché comme Voisineo ou Ma Résidence.

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L’idée de base de www.voisin-age.fr, lancé en partenariat avec l'association Les petits frères des Pauvres, est de rapprocher les voisins de quartier de tous âges des personnes âgées, par le biais d’un site Internet communautaire basé sur la technologie de Peuplade. Pour le moment, l’expérience est menée uniquement dans le 17ème arrondissement de Paris. Il est encore trop tôt pour en faire un bilan.

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Et enfin alter-ego.cc, le réseau social par téléphone, qui, comme le fait remarqué Nathan Stern, reste le réseau le plus utilisé. Soutenu par l’association le Parloir, il s’agit de mettre en relation des personnes qui souhaitent parler et de façon anonyme. Pour l’amorçage, l’inscription se fait en ligne.

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La solidarité 2.0 par le don en ligne

Guillaume Desnoes est ensuite intervenu afin de présenter AiderDonner. Cette entreprise permet à des associations de bénéficier d’une plateforme complète pour gérer efficacement des événements de collecte sur le web. Un outil bien utile dans un contexte de baisse des dons notamment des dons publics. Sur AiderDonner, tout « supporter » d'une assocation parmis la centaine enregistrée, peut se transformer en collecteur via la création de sa page profil, la génération de widgets et l'utilisation simple des réseaux sociaux. Au-delà de la simple volonté d’enregistrer des dons, AiderDonner permet de donner la parole à de petites associations (avec du lien réel) et à leurs ambassadeurs. Il permet également d’impliquer les jeunes. Son modèle économique repose sur un prélèvement à hauteur de 5 % des dons. AiderDonner a également mis en place un événement : la Course des Héros qui a eu lieu le 6 juin dernier. Il s’agit d’un double challenge : sportif parce qu'il faut parvenir à boucler les 6 km de course, et solidaire parce qu'il faut auparavant réunir 300 € de dons pour l'association de son choix, via le web.

 

Quel(s) modèle(s) économique(s) ?

La question du financement de ce type de société ou d’ONG peut légitimement se poser ? Si AiderDonner à un modèle économique d’entreprises de services, la plupart des acteurs du web de la solidarité sont confrontés à la question de leur modèle économique. Le portail la Chaîne du cœur est adossé à une agence de communication du même nom. Internews est une ONG et est donc soutenu par les dons tout comme  Global Voices qui a également recours à des opérations et des billets sponsorisés. Peuplade de son côté à envisager un temps le passage à un modèle payant mais les internautes sont semblent-ils fortement attachés à la gratuité. Des partenariats avec des entreprises privées ont été mis en place.

Face à cette question de leur survie, la communication se révèle nécessaire. Internews à recours à un grand nombre de dispositifs onlines qui vont de l’achat de mots clés, au marketing en ligne, en passant par les relations blogueurs. Peuplade n’a que très peu d’action online et a eu recours lors de son lancement aux traditionnels relations presse et flyers dans le quartier. Bref un encrage très local que l’on retrouve avec AiderDonner qui s’appuie sur le maillage des associations.

Don, partages d'information, réseaux sociaux : la solidarité peut trouver une juste place sur un web 2.0 qui se veut plus participatif et plus social. Reste que le lien avec le terrain, cher au monde des ONG, demeure clairement visible. Le web est un outil : bien utilisé il peut créer du lien au contraire d'isoler.

 

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Présentation de voisin-age.fr par Nathan Stern

Peuplade : le site de (votre) quartier !

Global Voices - Democratising the web with Wordpress and Love

Et sur Regards sur le web : Zoom sur les réseaux sociaux africains

 

Vivre avec la censure, avec Julien Paiin (Les Observateurs, France 24), Laurent Giacobino (Internews Europe), Lucie Morillon (Internet et Libertés, Reporters sans Frontières) et Arache Adjani-Atai (Président de Move4Iran)

Lutter contre la fracture : l'éducation d'abord : avec Gérard Dantec (ISOC), Jean-Pouly (Agence mondiale de la solidarité numérique), Nadia Mordelet (Marketing et Business Développement Alcatel Lucent), Jean-Patrick Ehouman (Akendewa-Barcamp Abidjan), Yves Miezen-Ezo (Isoc France, Chala), Albertine Meunier (Association Teatime et Toujours pas sage)

Journalisme partagé, pluralité et démocratie, avec Benoît Raphaël (Le Post), Alexandre Heully (Cafébabel.com), Amirouche Laïdi (Président du Club Averroès) et Christophe Ginisty (Président d'Internet sans Frontières)

Internet et liberté d'expression, avec Elsa Caternet (Internews Europe), Guillaume Desnoes (Co-fondateur de AiderDonner), Nathan Stern (Fondateur de Peuplade.fr), Laure Drévillon (Fondatrice et Présidente de One Heart Channel) et Claire Ulrich (Global Voices)

Web Diversity : les outils au service de l'action citoyenne militante, avec Alban Martin (Co-fondateur et Vice-Président du Social Media Club), Tangui Morlier (Co-fondateur de Regards Citoyens), Olivier Blondeau et Laurence Allard (Auteurs de « Devenir média. L'activisme sur Internet entre défection et expérimentation »)

Webdiversity, journée de réflexion sur Internet et la liberté d'expression

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27/05/2010

Web Diversity : les outils au service de l'action citoyenne militante

Vendredi 21 mai, dans le cadre de Web Diversity, journée de réflexion dédiée à la question de la liberté d'expression sur internet, le Social Media Club organisait une table ronde intitulée « Les citoyens connectés : les outils au service de l'action citoyenne et militante ».

L'occasion de réunir une trentaine de personnes dans la verrière de la Maison des métallos, autour des interventions de :

Nous avons enregistré les propos, vous trouverez dans cette note l'intégralité de l'échange découpé avec une reprise/reformulation de certains éléments, complétés de liens.

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Le sujet

L'idée de cette table ronde est de présenter des réflexions sur des pratiques permises par l'avènement d'outils de publication personnelle, dans la mesure où ils questionnent ou défient le pouvoir politique et économique.

  • Comment des personnes et des groupes utilisent les outils disponibles pour traduire des  questions politiques et interroger les modalités de la participation des citoyens au débat public ?
  • Comment les citoyens créent aujourd'hui des outils de surveillance de l'activité de leurs représentants ?
  • Quelles sont les conséquences en matière de mobilisation politique ?


Olivier Blondeau sur quelques exemples d'initiatives mettant en évidence le caractère historique de la relation entre surveillance et contre surveillance.

Sources citées (toutes sont en anglais) :

iSee - The Institute for Applied Autonomy from Rich Pell on Vimeo.

 


Olivier Blondeau et Laurence Allard sur l'activisme en salle à l'activisme de rue : le téléphone mobile.
Les logiques de dislocative media vs. locative media.

Source citée

Laurence Allard à propos de la sociologie des acteurs de cet activisme en ligne : artistes, ingénieurs, enseignants...
Le modèle de l'activisme de la cause comme pendant/complément au militantisme traditionnel.
Ce nouveau type d'activisme élargit le champ du politique en intégrant des éléments nouveaux. Par exemple, les données personnelles, les données liées à la santé, l'impact de  la téléphonie mobile sur la santé.


Tangui Morlier présente nosdeputes.fr
A l'origine, la volonté de « créer un outil d'aide au citoyen » pour mieux comprendre l'activité des députés.

Question d'Alban Martin : les outils des réseaux mobiles et internet permettent-ils une prise de parole politique pour des populations considérées plutôt comme dépolitisées ?


Laurence Allard sur le passage de la notion de surveillance à la notion de sousveillance.

Données publiques et données publicisées.

La collecte de données se fait soit auprès des administrations qui ouvrent leurs données soit en allant chercher des données.
L'importance de la représentation et de la mise en scène des données.

Source citée

 

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Tangui Morlier sur l'histoire de la mesure de l'activité parlementaire et les conditions de la création d'un dialogue avec nos représentants

Internet permet une accélération de la mise à jour des données.
Les outils permettent la création d'un dialogue entre citoyens et représentants. Pour l'instant, il est possible de commenter les prises de paroles des députés. Il est également possible de faire dialoguer les citoyens sur la base des échanges, qui ont lieu pendant l'élaboration de la loi, et non plus seulement a posteriori. Ceci n'implique pas nécessairement la participation des élus à ces discussions.

Question d'Alban Martin sur l'information comme condition de l'opinion.


Tangui Morlier sur comment internet questionne le fonctionnement du droit ? De notre démocratie ? De nos institutions ?


Olivier Blondeau sur l'empowerment (le fait de donner des capacités et des compétences) des orphelins de la politique.

Les citoyens peuvent intervenir avec leurs compétences sur un plus grand nombre de choses.
Les logiques de mise en scène héritées d'Act Up.
Les technologies comme arsenal à disposition des citoyens pour qu'ils s'impliquent dans les débats.
Le rapport de l'individu à une cause plutôt que l'intermédiation des partis politiques.
Les formes minimales de l'écriture à l'aide des TIC.

Sources citées


Olivier Blondeau sur l'apparition des premiers hashtags twitter

#votereport au moment des dernières élections américaines pour faire des rapports sur la régularité des pratiques dans les bureaux de vote.
L'information permet de déclencher l'action grâce à l'immédiateté de la diffusion de l'information géo-localisée. Pour y parvenir, il faut bien sur une masse critique d'utilisateurs connectés. Attention à ne pas confondre la logique conversationnelle des réseaux sociaux avec la logique d'empowerment et la mise à disposition de données, d'outils, d'applications, de remix...


Tangui Morlier répond à une question sur un rapprochement de ces pratiques avec la saisine du conseil constitutionnel

La mobilisation argumentative contre la loi DAVDSI a permis l'avènement d'un vrai débat sur la loi, contre la volonté du gouvernement de la faire passer à la veille de Noël.
L'importance des pétitions en ligne.
Cet outillage va permettre à d'autres cercles militants d'utiliser ces moyens de mobilisation.


Laurence Allard sur l'utilisation du mobile et l'articulation avec le réseau internet.

Les clients mobiles sur Twitter.
Internet est à l'écriture ce que l'imprimerie a été à la lecture.
Ecrire sur internet peut prendre des formats minimaux.
4.6 Mds d'abonnés au mobile dans le monde.
Le mobile : un média où chacun est auteur des contenus.
Un outil d'expression complètement individualisé.
Des citoyens Kenyans ont créé un site sur leur assemblée nationale. Il n'y avait pas de site officiel.
La coordination des actions des citoyens grâce aux mobiles aux Philippines.
Le mouvement du 6 avril en Egypte, de protestation contre les censures, avec des technologies web et mobiles.
Existence de dispositif de protection juridique par le mobile.

L'articulation entre collecte de données et visibilité/représentation de ces données :

Sources citées

  • Le Twitter de Mzalendo : http://twitter.com/mzalendonet
  • L'application de cartographie des informations émises par les acteurs terrains avec leurs téléphones en situation de crise : Ushahidi.

 

Olivier Blondeau et Laurence Allard sur la révolution Twitter en Iran

La culture de la sécurité des données chez les internautes.
La solidarité « technique » avec les citoyens iraniens après les élections de 2009.
Les pratiques des manifestants pour faire sortir les photos et vidéos capturées.

Sources citées

Laurent Giacobino d'Internews Europe (ONG de développement des médias dans les pays en voie de développement) conclu la présentation avec 10 Tactics (site en anglais) que nous présentions dans cette note. 10 Tactics a été réalisé avec Tactical Technology Collective.

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Cocréation, le blog d'Alban Martin, cofondateur du Social Media Club France

L'activisme sur Internet entre défection et expérimentation, Par Olivier Blondeau et Laurence Allard

Laurence Allard interviewée en vidéo sur les mythologies du téléphone mobile

 


Nous vous invitons également à lire les autres comptes-rendus de la journée Web Diversity :

Vivre avec la censure, avec Julien Paiin (Les Observateurs, France 24), Laurent Giacobino (Internews Europe), Lucie Morillon (Internet et Libertés, Reporters sans Frontières) et Arache Adjani-Atai (Président de Move4Iran)

Journalisme partagé, pluralité et démocratie, avec Benoît Raphaël (Le Post), Alexandre Heully (Cafébabel.com), Amirouche Laïdi (Président du Club Averroès) et Christophe Ginisty (Président d'Internet sans Frontières)

Internet et liberté d'expression, avec Elsa Caternet (Internews Europe), Guillaume Desnoes (Co-fondateur de AiderDonner), Nathan Stern (Fondateur de Peuplade.fr), Laure Drévillon (Fondatrice et Présidente de One Heart Channel) et Claire Ulrich (Global Voices)

Le Web 2.0 au service de la solidarité : au delà du simple service... avec Thomas Hémery (Solidaires du monde), Elsa Caternet (Internews Europe), Claire Ulrich (Global Voices), Laure Drévillon 'One Heart Channel), Guillaume Desnoes (AiderDonner), Nathan Stern (Peuplade)

Lutter contre les fractures numériques : l'éducation d'abord, avec Jean Pouly (Directeur de l' Agence mondiakle de solidarité numérique), Nadia Mordelet-Carrière -Alcatel-Lucent), Jean-Patrick Ehouman (Fondateur de AllDenY) et Yves Miezan Ezo (Isoc, Rencontres Africains du Logiciel Libre)

Webdiversity, journée de réflexion sur Internet et la liberté d'expression

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