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01.06.2010

Soirée d'ouverture de la semaine du microcrédit 2010 au MK2 - 31 mai 2010

A l'occasion de l'Année Européenne de Lutte contre la Pauvreté et l'Exclusion sociale, une projection en avant-première de cinq courts métrages réalisés par des jeunes de quartiers et parrainés par Olivier Assayas était organisée au MK2 Bibliothèque. Suite à celle-ci, une table ronde, animée par Guillaume Goubert, Rédacteur en chef du journal La Croix, s'est ouverte sur la thématique « Le microcrédit et la lutte contre la pauvreté ». Organisée en deux temps, elle réunissait pour commencer quatre des cinq réalisateurs auxquels se sont succédé Maria Nowak, Présidente de l'ADIE et Jean-Baptiste de Foucauld.

Le microcrédit fait son cinéma

Les couleurs de l'Adie, de Marion Leduc

Merci patron, de Franck Lahoui

 

Une rencontre, de Arnold Tsamas

 

Mon papa, de Michel Granjenois

 

 

Rendez-vous, de Yacine Mamoudi




« Le microcrédit, c'est exactement quelque chose qui se place ai bon endroit dans la société ».

Pour Olivier Assayas, ce parrainage est l'occasion de faire du cinéma avec des acteurs inhabituels. A l'image du microcrédit, ce gage de confiance vise à rendre la légitimité de ceux qui en sont privés sur le motif de leur non solvabilité auprès des banques. Interview en image :

 

 

Présentations de Michel Granjenois et de Arnold Tsamas

Michel Granjenois, réalisateur de Merci Papa, a créé sa boite de production cinématographique il y a quelques années. C'est en 2005 qu'il a rencontré l'ADIE, à l'occasion de la semaine du microcrédit. Le premier prêt qui en a suivi lui a permis d'acheter du matériel, en plus de l'accompagner dans ses démarches de créateur d'entreprise individuelle auprès de la Chambre des métiers. Pour cela, il a bénéficié d'un suivi régulier (une fois par mois), avec un bénévole de l'association. Quatre ans plus tard, il a contracté un second prêt pour renouveler son matériel et rester compétitif sur son marché.

Arnold Tsamas quant à lui, a rencontré le microcrédit grâce au Conseil Régional de sa région (94). PDG de AT2Music, sa société est née de la volonté de produire ses frères qui avaient préalablement signé un contrat chez Universal alors qu'ils étaient âgés de 7 et 8 ans.  Au jour où nous publions, l'entreprise de Arnold fête ses un an !

(Par manque de temps, la table ronde n'a pas pu permettre aux autres réalisateurs présents de s'exprimer sur leurs parcours et expériences respectives avec l'ADIE).

Maria Nowak et Jean-Baptiste Foucauld sur la place du microcrédit en France

Selon les propos de Jean-Baptiste de Foucauld, le microcrédit est un phénomène récent, autorisé dans un contexte bien contemporain. Dans une période sombre, où le plein emploi et la sécurité (de l'emploi) creusent l'écart avec la réalité du travail telle qu'on la connaissait hier, où le deuil des trente glorieuses reste vif, la valeur « travail » se porte dans la morosité.

Seulement, si la lecture de cette valeur a changé, sa forme structurelle aussi.  Bien plus qu'hier, le travail repose sur la capacité d'initiative. Sur ce point ; la dénomination de l'Association pour le Droit à l'Initiative Economique (ADIE) est caractéristique. Or, si le contexte global est favorable à « l'esprit d'initiative », comme on a coutume de dire, les jeunes ne bénéficient pas d'un « capital initiatives » autrement dit,  d'un socle d'outils favorable au déploiement de cette même logique. Carte du paradoxe : l'Hexagone refuse le modèle libéral, compris comme un champ de dérégulation massif, sans pour autant être en capacité d'imiter le modèle nordique, lui-même compris comme une discipline communautaire. En anticipant le constat dressé par Maria Nowak un peu plus tard, à savoir la résignation latente des français sur la question du chômage, Jean-Baptiste de Foucauld insiste sur la construction collective qui reste à faire en vue d'éradiquer, de contraindre, la propension au chômage des jeunes telle qu'on la connait en France.  De fait aujourd'hui, l'initiative professionnelle se lit davantage comme l'expression d'une contrainte que comme celle d'un droit, d'un véritable choix, pour des populations défavorisées sur la base de leurs origines sociales, couleurs de peau, et autres clichés laborieux. Tout l'enjeu consiste à asseoir la légitimité des microentrepreneurs, au même titre que n'importe quel autre créateur de valeurs. Par extension, il s'agit de légitimer en acte la culture discursive de l'esprit d'initiative.

Maria Nowak succède ensuite au « parrain de l'ADIE », pour nous raconter les débuts de l'association dont elle est l'origine et aujourd'hui la Présidente. A la naissance du projet, inspiré des travaux de Muhammad Yunus, Maria Nowak fut confrontée à l'incompréhension et au scepticisme des acteurs qu'elle sollicitait alors (à l'instar de son homologue bangladais). Avec humour, elle nous raconte que Jean-Baptiste de Foucauld, auquel elle s'adressa alors,  lui répondit en ces termes : «  faîtes le vous-même ». Rien de négatif ici ; mais au contraire, l'expression parfaitement accomplie de l'esprit d'initiative.

Pour Maria Nowak, si la crise touche de plein fouet les plus démunis, l'optimisme des microentrepreneurs fait mentir la morosité ambiante. Ce trait caractéristique est un élément moteur de la réussite de ce projet économique, social - et sociétal. Ce point est régulièrement souligné par la présidente de l'ADIE dans ses interventions publiques ; c'était notamment le cas lors de la Soirée entreprenariat social du 11 mai dernier organisée à Sciences Po.

Constat positif, certes. Mais ceci étant, reste à se poser la question de l'amélioration de l'activité de l'ADIE sur le plan réglementaire. En effet, si l'action de l'association bénéficie d'ores et déjà de la reconnaissance du ministère de l'économie, qu'une convention entre le FSPP et le pôle emploi est en cours de signature, la sur réglementation des métiers représente une limite de taille.  La culture du diplôme, spécificité bien française, marque un frein pour l'accès des jeunes à l'emploi. Et Maria Nowak de souligner ce paradoxe : avec un taux de chômage des jeunes de quartier proche de 40%, comment accepeter la surréglementation des secteurs ? Exemple simple : aujourd'hui, un diplôme de paysager est nécessaire pour tondre des pelouses... Où est le bon sens ? Comment le réactiver ? Des formules avec des qualifications faibles permettant de changer de métier à l'heure de la « flexibilité » pourraient être une voie à mûrir...

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Rencontre avec Maria Nowak, Présidente de l'ADIE

Conférence sur le Social Business

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14.05.2010

Soirée entreprenariat social à Sciences Po. le 11 mai 2010

Dans une première rencontre animée par Dominique Dambert et Didier Adès (journalistes), les participants réunis ce jour là étaient Jean-Marc Borello, Délégué général du Groupe SOS et Président du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux, Maria Nowak, Présidente-fondatrice de l'ADIE, premier organisme de micro-crédit en France, Arnaud Mourot, Directeur d'Ashoka-Europe Francophone : premier réseau mondial d'accompagnement des entrepreneurs sociaux, Hugues Sibille, Vice président du Crédit Coopératif, Président de l'AVISE et Président du Groupe ESFIN-IDES, première société de capital-risque de l'économie sociale, Saïd Hammouche, Fondateur et Directeur général de Mozaïk RH, cabinet de recrutement spécialisé dans la promotion de la diversité et Geneviève Férone, Directrice du développement durable de Veolia Environnement. Chacun était ainsi amené à se prononcer sur le thème de la conférence, à savoir : « Les entrepreneurs sociaux peuvent-ils changer le monde ? ».

En prémisse à cette lecture, et en guise de contextualisation, n'hésitez pconférence.jpgas à consulter la vidéo consacrée à la définition du Social Business.

A défaut d'un vrai débat, où les idées des uns et des autres se confrontent et s'entrechoquent pour mieux se compléter, la forme choisie ici était plutôt celle d'une présentation successive des différents acteurs et de leurs actions.

Pour Hugues Sibille, qui a ouvert les présentations, on peut isoler trois courants référents en matière d'entreprenariat social. Ceux-là sont respectivement liés à trois schémas de pensée géolocalisés : le courant européen, le courant américain et le courant provenant des pays du Sud. Néanmoins, un point commun à ce tryptique ; le R.O.I n'est pas mesurable à l'aune des indicateurs classiques (économiques) puisque l'investissement en question revêt un caractère social. Sur ce point, n'hésitez pas à visionner l'extrait de la conférence de Babyloan consacrée à la question de la rentabilité des entreprises sociales. En ce sens, la compatibilité entre entreprenariat et champ social est tout à fait justifié (et vérifié), mais au prix d'une tension et d'un équilibrage permanents entre  nécessité économique (gestion du compte de résultat) et objet (social).

Jean-Marc Borello était là pour nous présenter l'action du Groupe SOS, dont il assume la présidence. Sa présentation s'ouvre sur une mise au point : SOS ne reçoit pas de subventions. Le CA provient directement de la clientèle (publique ou privée). SOS est un bien acteur sur un marché : en ce sens il est en compétition avec d'autres acteurs de la santé par exemple. L'équilibre doit être travaillée, stabilisée : sans cette recherche d'équilibrage permanente, la taxation de green washer n'est jamais très loin...

Pour Jean-Marc Borello toujours, la question des statuts pour permettre de différencier les entreprenariats sociaux des autres modèles économiques n'est pas pertinente. Sur ce point, vous pouvez consulter l'extrait des conférences de Babyloan où il s'exprimait déjà à ce sujet. Le Président de SOS en appelle à des règles de fonctionnement plutôt qu'à des règles statutaires.

A l'instar de n'importe quelle autre entreprise sur un marché, SOS a, selon la matrice BCG, ses poids morts, ses vaches à lait et ses dilemmes... Sauf que - et c'est là toute la différence - SOS ne penchera pas excessivement en faveur de ses produits phares et vaches à lait : les dilemmes n'en sont pas vraiment, et les pertes des uns seront compensées par le gain des autres puisque le but est de sauver les services en place, et non d'optimiser les marges de profit.

Maria Nowak s'est exprimé sur le microcrédit en France et les limites auxquels celui-ci se heurte. Après nous avoir rappelé la moyenne du microcrédit en France, qui est de 28 000€ sur une période de 18 mois, Maria Nowak revient sur une critique couramment adressée au microcrédit : le taux d'intérêt élevé pratiqué par l'ADIE. A l'appui des témoignages de différents emprunteurs, elle nous rapporte que ceux-là n'ont pas franchement de problème avec la hausse du taux d'intérêt. Pourquoi cela ? A première vue, on ne peut que s'étonner de ce genre de réactions... L'explication est simple : l'accès à des prêts classiques (par des instituts bancaires etc.) est tellement restreint que les bénéficiaires de prêts de microcrédit font finalement peu cas de l'augmentation (faible) des taux pratiqués par les organismes concernés. De fait, c'est ce coup de pouce, cette impulsion initiale dont ils ont besoin : le légère hausse du taux d'emprunt ne représente pas un risque pour le développement de leur activité et la gestion de leur compte de résultat. Contre toutes attentes, c'est donc plutôt un discours d'encouragement des emprunteurs que Maria Nowak nous rapporte : peu importe que le taux soit un peu plus élevé, du moment que l'accès au microcrédit est préservé !

Maria Nowak revient ensuite sur un regret qui est celui de la faible prise en compte des pouvoirs publics sur l'économie (financière !) que représente l'accompagnement des chômeurs par l'ADIE. Les chiffres sont éloquents : un chômeur coûte à l'Etat 13 000€, tandis qu'une prise en charge par l'ADIE revient à 3 000€. Il ne faut certainement pas négliger le dynamisme des micro entrepreneurs dans la création d'activités. En 2009 par exemple, 40% des créateurs d'entreprise étaient chômeurs. Pour creuser la question des freins au développement du microcrédit, notamment du côté de l'Etat (réglementation non adaptée,...), vous pouvez consulter l'extrait consacré à ce sujet, et issu des Rencontres de Babyloan.

Un témoignage apporté par un entrepreneur soutenu par l'ADIE met également l'accent sur un autre aspect de l'apport que représente le microcrédit : cet accompagnement constitue un élément fondamental dans le processus de réinsertion d'un individu dans le champ social. Progressivement, la personne existe de nouveau administrativement, elle s'engage, elle est suivie, doit rendre des comptes... Elle est « responsable » et s'en trouve valorisée au regard de la société.

Said Hammouche, Fondateur de Mozaik RH, un cabinet de recrutement associatif visant à rétablir l'égalité des chances, refuse le militantisme. Pour lui, qui œuvre en faveur des exclus du système professionnel pour des raisons sociales ou ethniques (et toutes les formes de discrimination que l'on connaît), il est nécessaire de fuir le discours du « social pur », jamais très loin finalement de l'idée d'assistanat. Mozaik RH préfère aller à la rencontre des Directeurs Généraux et des Directions de Ressources Humaines pour favoriser l'identification de nouveaux publics de collaborateurs. L'idée est également de promouvoir l'accompagnement dans le processus d'insertion professionnelle. Via des ateliers, cet accompagnement est adapté aux besoins de formation et de développement de compétences des postulants. Les subventions, qui proviennent de la marge générée par les embauches et les partenariats avec les entreprises permettent, entre autres, d'accompagner tout ceux qui ont besoin d'un suivi spécifique pour trouver un emploi.

La directrice du Développement durable de Véolia était également présente pour présenter l'action de Véolia water filiale et ses trois projets de Social Business focalisés sur l'accès à l'eau. Chose qui ne surprendra personne, le positionnement de Veolia se lit, de la bouche même de la directrice, comme un positionnement à long terme sur des futurs marchés... C'est là toute l'ambivalence du Social Business, quand elle rassemble des acteurs de l'énergie (privatisée) qui œuvre en faveur de la solidarité et du développement...

En résumé, les acteurs réunis partageaient cette opinion formulée par Hugues Sibille et selon laquelle les entrepreneurs sociaux ne peuvent changer le monde que dans un contexte favorable, ce qui n'est pas encore le cas... Du point de vue du spectateur qui a rédigé ce compte-rendu, petite déception : finalement peu d'éléments ont été creusé en plus d'une quasi absence d'interactions entre les différents participants. Pour une thématique similaire, les conférences de Babyloan se sont avérées être plus fouillées. Attention au mauvais procés tout de même puisque la conférence de Sciences Po. ne durait que deux petites heures.

14:57 Publié dans Micro-finance | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |