06.05.2010

Le temps de l'Afrique au Collège de France (partie I)

le temps de l'Afrique.jpgDans la perception collective, l'Afrique est vide, pauvre, animiste et rurale. Des qualificatifs abscons qui correspondent plutôt à la réalité africaine des années 70. Encore faut-il oser parler de réalité...

Aujourd'hui, la communauté internationale mesure difficilement le changement opéré sur le continent noir. Cette vision archaïque, autoalimentée par le manque de repères contribue à brouiller les pistes et à noircir le tableau d'une réalité certes contrastée, mais non pour autant dramatique.

La conférence L'Afrique milliardaire : défis et opportunités de la métamorphose africaine, qui s'est tenue le 4 mai 2010 dans une des salles du prestigieux Collège de France, réunissait sur l'estrade quatre protagonistes experts de la question africaine. Sur la scène du débat se trouvaient ainsi Philippe Perdrix, journaliste à Jeune Afrique et modérateur (éclairé) assis au côté de Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS et chercheur au CERI, de Sylviane Guillaumont, professeur au CERDI et de Jean-Michel Severino, ancien Directeur Général de l'AFD.

Pour ouvrir le débat, interroger et soulever les phantasmes et représentations liées l'Afrique, le livre Le temps de l'Afrique , de Jean-Michel Severino et de Olivier Ray (présent dans la salle) servait de fil conducteur.

L'ambition est claire : Le temps de l'Afrique ne propose pas et n'a pas pour but de proposer une politique publique en matière de développement. Le livre se « contente », si l'on ose dire, de pointer l'écart qui existe entre notre représentation de l'Afrique et de sa (non) évolution, et la croissance exponentielle qu'elle va pourtant connaître d'ici à 2040. C'est donc la proposition d'une Afrique à contre courant qui s'ouvre ici.

L'Afrique inversée

afrique 2.JPG« L'Afrique est rurale » selon l'imaginaire collectif. La réalité à venir est pourtant celle-là : 75 à 150 habitants au kilomètre carré, soit l'équivalent de la densité du tissu urbain européen. Concernant la situation économique de l'Afrique, là encore un travail d'éducation reste à faire. Un pari raisonnable (pour noyer tout soupçon d'africoptimisme) pose une croissance accélérée d'ici aux prochaines décennies. Nul besoin de chercher dans le cycle du pétrole et de l'or les facteurs explicatifs de cette croissance. C'est en fait un phénomène structurel qui s'engage et dont l'urbanisation et la libéralisation des politiques économiques constituent les principaux signes. De même, si les équipements (autoroutes, barrages,...) laissent aujourd'hui à désirer- la plupart d'entre eux datant d'il y a une vingtaine d'années - les investissements engagés par bon nombre d'Etats étrangers sont le signe d'une croyance en un développement (démographique et économique) africain plus que probable.

Cette croyance en le potentiel à la fois imminent et colossal du développement de l'Afrique ne doit pas cependant oblitérer la réalité contrastée qui préfigure ce terreau de croissance.

L'Afrique concentre d'énormes capacités énergétiques. En plus d'être le plus grand réservoir de carbone de la planète, elle est le dernier continent à fournir encore un tel potentiel de terres agricoles.  Ce potentiel de croissance justifie d'autant plus la nécessité de fonder une politique de développement adaptée en matière d'agriculture et d'exploitation des ressources naturelles.

Le monde témoigne un intérêt grandissant à l'Afrique, ce qui se lit d'ailleurs par une réintégration de l'Afrique sur la scène géopolitique internationale par des acteurs différenciés. En premier lieu, l'on pense à la Chine, mastodonte et symbole d'une croissance exponentielle en quelques décennies à peine. La politique extérieure menée par la Chine confirme l'importance à accorder à l'Afrique sur la scène internationale : ce « parrainage », vidé de tout passé colonialiste (mais pas pour autant de tout soupçon) se pense sur le long terme. La Chine n'est d'ailleurs pas la seule à sourire au continent noir : l'Inde, le Brésil, l'Amérique du Nord figurent parmi les principaux courtisans.

15:32 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le temps de l'afrique, jean-michel severino, jean-françois bayart, sylviane guillaumont, l'afrique milliardaire, collège de france, conférence |

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