08.02.2010
Demain tous producteurs d'énergie ?
C'est dans l'air du temps, le bio, le recyclage, l'éco-consommation, les coopératives... Il est désormais courant d'acheter commerce équitable ou de faire soi-même pousser ses fruits et légumes, mais qu'en est-il en matière d'énergie ? Peut-on bénéficier et participer à une éco-énergie ? Solidaires du Monde a voulu en savoir plus sur cette problématique en assistant à la conférence organisée par My Coop le 2 février dernier, sur le thème « Demain, tous producteurs et consommateurs d'énergie verte ? »
Pour ceux s'interrogent sur Mycoop, il s'agit d'un réseau social lancé à l'initiative du Crédit Coopératif, qui rassemble des acteurs de l'économie humaine et organise régulièrement des événements à la maison des Métallos à Paris.
Etaient présents pour animer et prendre la parole : Anne-Stéphanie Pierry du Crédit Coopératif, Stéphanie Lacomblez, directrice de la communication d'Enercoop, Françoise Ledos de Coop Ouest, Bernard Deville fondateur de Vents d'Houyet (Belgique) et Pierre Ducray de l'Union des Coopératives Forestières Françaises ont exposé leurs avis, leurs solutions et leurs positions.
En effet, et notamment en France, le monopole d'EDF freine le développement d'initiatives et de solutions alternatives au nucléaire. Pourtant cela est possible, mais ignoré. Seulement un Français sur trois sait que le marché énergétique est ouvert. à la concurrence. Les habitants ont tendance à appuyer sur l'interrupteur sans se poser la question, par automatisme, et EDF est considéré comme fournisseur de toujours.
Si la libéralisation est récente (depuis le 1er juillet 2007), la communication des nouvelles structures a sans doute était insuffisante et nous savons tous à quel point la communication est cruciale. Ici, il n'est pas question de casser du sucre sur un monopole mais simplement de donner un coup de pouce et de présenter d'autres solutions, qui méritent d'être connues.
A chacun de se positionner par la suite en fonction de sa sensibilité écologique, de ses besoins, de sa localisation et en fonction de ces moyens.
Petit rappel
Tout d'abord, pour que ce débat soit le plus accessible, petit retour sur les termes spécifiques à ce domaine.
L'entreprise coopérative d'abord où chacun est impliqué, ici en l'occurrence en position de producteur ou de consommateur ou les deux, est le plus démocratique, dans la mesure où toute personne prend place dans les discussions sur le principe "1 membre 1 voix". Les clients peuvent également, s'ils le souhaitent, devenir actionnaire.
En termes d'énergie renouvelable, nous avons aujourd'hui plusieurs possibilités :
- La biomasse : c'est l'ensemble des matières organiques, d'origine végétale ou animale, transformé en sources d'énergies. La matière peut être utilisée soit directement comme le bois, soit après transformation (méthanisation de la matière organique par exemple) pour du biogaz ou du biocarburant. Elle peut aussi être utilisée pour le compostage.
- L'énergie hydraulique : fournit par la force de l'eau, qui peut être convertie en énergie électrique dans une centrale hydroélectrique. On recense plusieurs énergies hydrauliques : l'énergie des vagues, l'énergie marémotrice, l'énergie thermique des mers (en exploitant la différence de température entre les eaux superficielles et les eaux profondes), l'énergie osmotique (provoquée par la diffusion ionique provoquée par l'arrivée d'eau douce dans l'eau salée de la mer).
- L'énergie éolienne : provoquée par la force du vent, sur le même principe que l'eau. Les éoliennes font le même travail que les moulins à vent en transformant l'énergie aérien en énergie électrique.
- L'énergie solaire photovoltaïque: produite à partir du rayonnement solaire par effet photoélectrique. C'est une énergie propre, silencieuse et inépuisable, ne produisant ni déchets encombrants, ni nuisance de fonctionnement.
- L'énergie solaire thermique : énergie de chaleur issue de la transformation du rayonnement solaire. Cette transformation peut être soit utilisée directement (pour chauffer un bâtiment par exemple) ou indirectement (comme la production de vapeur d'eau pour entraîner des alternateurs et ainsi obtenir une énergie électrique).
- Le biocarburant : produit à partir de matériaux organiques non fossiles, provenant de la biomasse. Il s'agit de plantes nourricières ou alimentaires, comme le maïs ou le blé amenant à l'éthanol, ou à partir de ressources biologiques non alimentaires comme le bois.
- L'énergie géothermique : du grec « géo » la terre et « thermie » la chaleur ; la géothermie est la science qui étudie les phénomènes thermiques internes du globe terrestre et son exploitation. L'énergie géothermique issue de l'énergie de la terre est convertie en chaleur ou en électricité.
Le débat
Anne-Stéphanie Pierry, responsable de la Communication au Crédit Coopératif, banque de l'économie sociale et de la finance solidaire du groupe Banque Populaire, rappelle l'importance de l'investissement des citoyens dans l'énergie verte. Au Crédit Coopératif, il a pris toute son importance début 2004. Elle tient également à remettre les vérités sur les idées reçues comme par exemple que la première source énergétique renouvelable est la biomasse, et non les éoliennes ou les panneaux solaires. Elle regrette également la désacralisation de l'énergie, complètement virtuelle et innée pour la majorité d'entre nous. On a ainsi beaucoup trop tendance à oublier que l'énergie se fabrique, à un certain coût économique mais aussi et surtout environnemental.
En 2004 le réchauffement planétaire, la destruction d'énergies fossiles et fissiles permettent une prise de conscience et l'ouverture du marché aux professionnels : le développement des énergies renouvelables en circuit fermé court entre producteur et consommateur fait son apparition. De là est plusieurs initiatives comme Enercoop.
Sous forme de SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif), Enercoop propose un lien direct entre producteurs d'électricité 100 % verte, consommateurs, salariés, partenaires, collectivités, devenant tous, membres de la coopérative. Comme tous modèles de coopérative, les bénéfices sont réinvestis dans de nouveaux moyens de production d'énergies renouvelables.
Stéphanie Lacomblez d'Enercoop, directrice de la communication, explique que dans la mesure où le consommateur peut devenir sociétaire de la coopérative, il a tendance à rationnaliser sa consommation, et devient acteur de projets. Par exemple, à Charleville Mézières, 100 sociétaires ont investit dans un toit solaire. L'énergie créée alimente Enercoop qui redistribue à ses membres. Aujourd'hui Enercoop a convaincu 5 250 consommateurs, dont 700 entreprises, et près de 3 000 sont devenus sociétaires.
D'autre part, Bernard Deville a mis en avant sa spécialité, les éoliennes, via son association Vents d'Houyet (en Wallonie). Son concept est d'acheter des parts sociales pour des enfants d'un périmètre. Les dividendes sont réservées à des actions sociales et citoyennes. Pour lui, « le plus important est de rappeler que l'air et le vent appartiennent aux citoyens et non aux financiers ». Il réclame la multiplication de l'énergie produite par éolienne plus encore en zone urbaine que rurale et souhaiterait dans l'idéal qu'elle soit financée à 1/3 par l'Etat, 1/3 par le privé et 1/3 par le particulier. Des aménagements techniques sont à mettre en place mais nous sommes en bonne voie. Pour que le système éolien se développe, il est nécessaire d'avoir un réseau supportant l'afflux du renouvelable. D'autre part, il est important de ne pas oublier que le vent est une source d'énergie intermittente, fluctuant selon la météo donc imprévisible. La mise en place d'éoliennes sur les toits des habitations est complètement faisable, et en cours d'expérimentation à Paris !
Concernant les professionnels, comme les agriculteurs, gros consommateurs d'énergie, Coop Ouest a décidé de regrouper toutes les demandes des adhérents pour plus de facilité et d'économie de l'énergie photovoltaïque. La production d'énergie sous forme de biomasse est également encouragée par les agriculteurs eux-mêmes, cela permettrait de limiter les coûts et d'utiliser intelligemment les déchets agricoles.
Dans cette idée, l'Union des Coopératives Forestières Françaises, (100 000 adhérents) favorise également cette énergie. Selon les objectifs du Grenelle de l'environnement, sur les 20% d'énergie devant être renouvelable, plus d'un tiers doit venir de la biomasse. La difficulté rencontrée est selon Pierre Ducray l'organisation de flux, de structures locales, la diversité des acteurs, à la différence de l'éolien, pour gérer cette production à un coût correct. L'articulation est fine entre l'aménagement du territoire, l'économie sociale et solidaire et les entreprises capitalistes. Il est difficile d'établir un lien direct entre producteur et consommateur parce que la transformation de la biomasse nécessite un intermédiaire, et bien souvent un industriel.
La problématique que soulève l'énergie renouvelable concerne avant tout la régulation de la consommation. Compte tenu du fait que la production varie selon la matière (déchet, air, eau ou autre combustible biologique), il est impératif de trouver des solutions en cas de surplus ou de carence, autant en terme d'électricité qu'en chaleur. Selon Bernard Deville, pour cette raison l'éolien n'est pas adapté aux entreprises mais plutôt une source destinée aux particuliers. De façon générale, le surplus est revendu, aussi en France, EDF est dans l'obligation de rachat, c'est pour cette raison que les certificats verts n'existent pas dans l'hexagone.
Enfin, la sécurité du 100 % se paye. En effet, Enercoop au même titre que les autres enseignes et les autres forme d'énergies, reconnait que ses tarifs sont au dessus de ceux d'EDF. Il faut compter jusque 10 euros de plus par facture (mensuelle, pour un foyer sans chauffage électrique). Ceci est essentiellement du au fait que le marché n'est pas totalement ouvert, à l'inverse de la Belgique ou par exemple la marque Ecopower est moins cher que la concurrence. EDF détient en effet la CSPE (contribution spécifique à la production d'électricité) qui lui est propre et auquel chaque consommateur contribue. Une solution serait que l'attribution de ce fond soit possible à d'autre pour une meilleure compétitivité. Certains y voient ici une entorse à la concurrence. La loi NOME (Nouvelle orientation du marché de l'énergie) va ouvrir de 30% le marché du nucléaire pour l'étranger et va probablement changer les choses.
De nombreuses possibilités sont donc envisageables pour une énergie plus saine. Global Bioenergies va encore plus loin et pousse ses recherches jusque à l'utilisation de bactéries pour produire des biocarburants... Oui oui ! La firme vient d'obtenir une aide de 760 000 euros d'Oseo pour faire produire à ces micro-organismes un hydrocarbure gazeux convertible, comme l'isobuthène, devenant à terme de l'essence, kérozène ou du dièsel, mais aussi des polymères comme des pneus ou du plastique. Il reste au moins six ans d'études pour conclure et peut-être utiliser cette nouvelle source d'énergie. On n'arrête pas le progrès technique lorsque les marchés poussent...
Pour retrouver le fil du débat sur Twitter : https://twitter.com/Soirees_MyCoop
Pour vous renseigner sur:
Portail de l'électricité verte
Greenpeace et les énergies vertes
EDF et les énergies hydrauliques
L'observatoire des énergies renouvelables
L'état français et le développement durable
Le syndicat des énergies renouvelables
Les bactéries comme source de biocarburants
18:35 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : energie renouvelable, edf, my coop, coopérative, vert |






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Commentaires
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