28.08.2010
Le sud mérite-il nos clichés ? selon Pierre Laurent
Pierre Laurent, directeur du développement du Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement (CCFD), a rappelé que pour beaucoup l'Afrique est synonyme de famine, d'aridité, d'extrême pauvreté. Mais c'est une représentation bien erronée, qui fait figure d'exception et entretient l'inaction et le geste de substitution. Si cette vision était vraiment juste et généralisée, la situation serait bien plus critique et grave dans ce continent. C'est d'ailleurs à partir de cette vision que naît une action bien trop charitable envers les pays du sud. « Les pays du nord veulent faire à la place des pays du sud car ceux-ci ne sont pas capables de faire ». Mais là encore, c'est faux.
L'Afrique et plus généralement, les pays du sud, portent dans leurs terres de nombreux entrepreneurs. Adopter cette réalité peut être moins gratifiant pour le « sauveur » européen. Ces clichés entretiennent aussi le « on peut rien faire face à la fainéantise des africains ».
A la question « Les ONG n'ont-elles pas aidé à propager ce genre de clichés ? », Pierre Laurent répond que certaines campagnes dramatisent la situation et ont par la même contribué à diffuser ce genre de clichés. Qui plus est, l'absence de débat sur la place publique due au peu d'intérêt porté par les Français (entre autres), pour l'aide au développement n'ont pas aidé. Peu importe. L'Afrique n'a pas attendu cette aide pour se développer. L'aide doit être le moteur de l'émancipation.
Quelles sont les pistes d'amélioration ?
Faire ensemble et pas à la place de : on peut avoir l'impression que l'aide ne marche pas. Mais ce sont les gens qui décident de se sortir de leur situation, des gens comme vous et moi. Il faut se poser et repenser toute la dynamique et la transformation sociales, penser au marché (local, cible, possibilité de partenariats, finances) et pas seulement à la production. Toute la logique de co-développement doit être alors mise en œuvre, et parler de partenariat et non d'aide.
Le cœur du sujet reste la gouvernance, et ceci à tous les niveaux : comment transformer la position d'une ONG, pour qu'elle ne soit plus dans la charité mais dans une relation nord -sud ?
Autre élément : les paradis fiscaux! 280 milliards, c'est le montant que l'Afrique envoie vers les paradis fiscaux des pays du nord. C'est autant qui n'est pas investi pour le développement.
Pour agir en commun, on réfléchit ensemble, on mobilise nos sociétés civiles ensemble, d'ailleurs les démocraties civiles sont bien présentes dans les pays en développement. On fait du lobbying ensemble. Par exemple, on peut citer le lobbying effectué sur le groupe Total. Le CCFD vérifie que le groupe n'envoie pas tous ses bénéfices vers les paradis fiscaux, que les pays du sud dans lesquels il est implanté reçoivent bien les impôts dus.


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17.08.2010
Table ronde : Le sud mérite-t-il nos clichés ?
Durant les Solidays, Solidarité Sida a organisé une série de conférences et de cafés forums afin de débattre autour de sujets variés et très intéressants. La conférence « Le sud mérite-t-il nos clichés ? » a été l'occasion de mettre en débat des invités de qualité parmi lesquels on comptait :
- Olivier Ray chargé de mission au sein l'Agence française de Développement (AFD), co-auteur du livre Le Temps de l'Afrique.
- Pierre Laurent, directeur du développement du Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement (CCFD), première association française de développement. Elle soutient près de 500 projets/partenaires à travers le monde et travaille avec les autochtones (pas d'expatriés).
- Mohamed Alassane Touré, ancien président de Kénédougou Solidarité, association de lutte contre le VIH au Mali dans la région de Sissako. Cette association, invitée par Solidarité Sida à l'occasion des Solidays (avec le soutien de l'AFD), compte 50 salariés et près de 100 membres. Elle réalise chaque année plus de 3 000 dépistages, 4 000 malades sont traités dont 1 800 sont sous ARV (AntiRétroViral).
- Zoé Valdès, écrivain et auteur d'une des 8 nouvelles de la campagne Huit fois oui. C'est une cubaine qui a exilé, il y a 15 ans en France et qui milite pour dénoncer la situation qu'elle estime injuste dans son pays d'origine.
- Philippe Dultan, médecin et secrétaire exécutif chez Unitaid, luttant contre le virus du Sida, mais aussi la tuberculose et le paludisme. Le programme est financé par des taxes d'aéroport reversées par plus de 29 pays, parmi lesquels se trouvent le Chili, le Royaume-Uni, etc. L'aide directe provient aussi bien des pays du Sud que des pays du Nord. Unitaid achète des médicaments, crée et adapte les ARV, et traite ainsi 2/3 des enfants sur 93 pays. Cependant, 85 % de l'action se déroule en Afrique Subsaharienne.
Tous s'accordent pour dire que le Sud mérite mieux que nos clichés. Le sud c'est l'Afrique, l'Outre-Mer mais aussi l'Amérique latine. Chaque pays du sud a sa propre dynamique d'évolution, et est à des années lumières des maux qu'on lui attribue. Ni fainéant, ni mendiant, ni corrompu, le Sud tente de s'émanciper de ces clichés pour mettre en avant sa croissance économique et démographique.
Pour agir en faveur du développement, le co-développement doit être le maître mot. Il faut impliquer le sud dans tous les processus de décision, d'action et mettre fin à la vision misérabiliste qui lui est portée "pour ne plus faire à sa place". Les populations du sud sont responsables de leur destin. Elles ont juste besoin d'un coup de main. Il faut donc une transformation des schémas classiques d'aide nord-sud pour aller vers des relations nord-sud, sud-nord et sud-sud.
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Le sud mérite-il nos clichés ? Selon Olivier Ray
Olivier Ray, chargé de mission au sein de l'Agence Française de Développement (AFD), co-auteur du livre Le Temps de l’Afrique, abonde dans le sens de Pierre Laurent : l'image générale que les pays du nord ont de l'Afrique est une image de misère. Quelques clichés généraux peuvent être soulevés :
- L'Afrique ne connait pas de croissance. C'est faux : sur les 10 dernières années, le continent a connu en moyenne une croissance économique de 5,5 % par an, soit 4 fois plus que la zone Euro. Même s'il faut mettre dans la balance que le continent africain part de très loin, cela reste une croissance soutenue.
- L'Afrique est rurale et vide. C'est infondé. L'explosion démographique est évidente avec un nombre d'habitants qui est passé de 230 à 800 millions en 20 ans et qui devrait atteindre les 1,8 milliard en 2050. Cette mutation doit être gérée avec vigilance. En 2030, le continent sera majoritairement urbain, avec au moins 1 personne sur 2 vivants en ville.
- Il est important de mettre en exergue l'émergence des classes moyennes dans certains pays comme le Kenya qui accueille près de 4 millions de personnes issues de classes moyennes. Ces dernières jouent désormais un rôle important dans le pays. Le processus sociologique permet le financement du système de santé, de l'éducation, etc., de leur pays par le biais de leurs impôts.
La réalité de l'Afrique est en fait plutôt celle-ci :
- L'Afrique passe d'une terre animiste à une terre monothéiste.
- L'Afrique est de plus en plus branchée (Internet, télévision, etc.). Elle ne se contente pas de recevoir l'information, elle est aussi productrice de contenus.
- L'Afrique est une terre d'émigration. C'est vrai mais cela reste marginal par rapport à la migration interne et à l'immigration.
- L'Afrique est à la marge du monde et n'est pas du tout stratégique. Faux. La Chine, l'Inde, le Brésil se sont depuis longtemps intéressés à son potentiel. L'UE, par ailleurs, remet à jour sa perception du continent.
Quelles sont les pistes d'amélioration?
Le co-développement est une réponse mais il faut faire attention. Il en lui même un cliché car il s'accompagne souvent de quelques prêts-à-penser qui peuvent lui nuire. Il ne faut donc pas le penser avec la volonté de stopper les flux migratoires et toujours parler de partenariats. Par exemple, le conseil d'administration de Proparco se compose de représentants d'organisations et de banques des pays du sud comme la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE). L'objectif est que l'AFD devienne une plateforme d'échanges de compétences. En effet, sur certains sujets, la France est novice et cherche l'expérience de certaines problématiques, comme le développement durable. Sur cette question, la France est d'ailleurs un membre du conseil au même titre que les autres.



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